Les grands textes de droit international privé : guide 2026
Découvrez les grands textes de droit international privé qui régissent les litiges transfrontaliers en 2026 : règlements européens, conventions de La Haye et codes nationaux essentiels.

Le droit international privé est un labyrinthe pour les justiciables et les entreprises confrontés à un litige transfrontalier. Pour s’y retrouver, il est indispensable de connaître les grands textes de droit international privé qui structurent la matière. En 2026, ces sources normatives — conventions internationales, règlements européens, codes nationaux — continuent d’évoluer sous l’impulsion de la mondialisation et de la digitalisation des échanges.
Ce guide vous présente une synthèse actualisée des textes fondamentaux, de leur articulation pratique et de la jurisprudence récente. Que vous soyez particulier, dirigeant d’une PME exportatrice ou professionnel du droit, maîtriser les grands textes de droit international privé est la clé pour anticiper un conflit de lois, déterminer le tribunal compétent ou faire exécuter une décision à l’étranger.
Nous avons sélectionné les instruments les plus pertinents pour 2026, en intégrant les dernières révisions des règlements Bruxelles I bis, Rome I et Rome II, ainsi que les conventions de La Haye récemment entrées en vigueur. L’objectif : vous offrir un outil opérationnel pour naviguer avec sécurité dans l’univers complexe des relations juridiques internationales.
⚡ Points clés couverts dans cet article
- Les règlements européens essentiels (Bruxelles I bis, Rome I, Rome II, Rome III)
- Les conventions de La Haye mises à jour en 2025-2026
- Les textes nationaux français : Code civil et Code de procédure civile
- Les instruments en matière de contrats, responsabilité civile, famille et successions
- L’impact de la jurisprudence récente de la CJUE et de la Cour de cassation
- Les règles de compétence et d’exequatur après le Brexit et les nouveaux accords
1. Les règlements européens : le socle du droit international privé en Europe
Depuis le traité d’Amsterdam, l’Union européenne a développé un corpus harmonisé de règles de conflit de lois et de compétence. Ces textes sont directement applicables dans tous les États membres (sauf Danemark pour certains). En 2026, ils constituent la référence première pour tout litige intra-européen.
Règlement Bruxelles I bis (UE) n°1215/2012
Ce texte est le pilier de la compétence judiciaire et de la reconnaissance des décisions. Il s’applique depuis le 10 janvier 2015 et a été modifié en 2023 pour intégrer les règles relatives aux clauses attributives de juridiction et aux procédures parallèles. La version consolidée 2026 intègre les adaptations liées à la dématérialisation des actes.
« Bruxelles I bis permet à un créancier français d’assigner un débiteur allemand devant le tribunal français si le fait dommageable s’est produit en France. C’est un outil de prévisibilité essentiel. » — Maître Clara Dubois, avocate en contentieux international.
Règlement Rome I (CE) n°593/2008
Il détermine la loi applicable aux obligations contractuelles. Le principe est celui de la liberté de choix par les parties, mais en l’absence de choix, des critères objectifs s’appliquent (résidence habituelle du vendeur, du prestataire, etc.). En 2026, la CJUE a précisé l’application de l’article 4 pour les contrats de franchise et de distribution.
Règlement Rome II (CE) n°864/2007
Ce texte régit la loi applicable aux obligations non contractuelles (responsabilité délictuelle, quasi-délictuelle). Le principe est la loi du lieu du dommage (lex loci damni), avec des exceptions pour les atteintes à la vie privée et les droits de la personnalité. La révision de 2025 a renforcé les règles pour les dommages causés par l’IA.
Règlement Rome III (UE) n°1259/2010
Il concerne la loi applicable au divorce et à la séparation de corps. Il offre aux époux la possibilité de choisir la loi applicable, et à défaut, une hiérarchie de critères (résidence habituelle, nationalité, etc.). La Belgique, la France et plusieurs États membres l’appliquent depuis 2012.
📜 Textes applicables (extraits)
- Bruxelles I bis : art. 4 (compétence de droit commun), art. 7 (matière contractuelle et délictuelle), art. 45 (reconnaissance).
- Rome I : art. 3 (liberté de choix), art. 4 (loi applicable à défaut de choix), art. 6 (contrats de consommation).
- Rome II : art. 4 (règle générale), art. 5 (responsabilité du fait des produits), art. 10 (enrichissement sans cause).
2. Les conventions de La Haye : un cadre mondial en mutation
La Conférence de La Haye de droit international privé (HCCH) élabore des conventions multilatérales applicables au-delà des frontières de l’UE. En 2026, plusieurs conventions ont été ratifiées ou révisées, notamment dans les domaines de la procédure civile, de la protection des enfants et des successions.
Convention de La Haye du 30 juin 2005 sur les accords d’élection de for
Entrée en vigueur le 1er octobre 2015, elle garantit la validité des clauses attributives de juridiction dans les litiges internationaux. En 2026, le Royaume-Uni y a adhéré après le Brexit, renforçant son utilité pour les contentieux anglo-français.
Convention de La Haye du 2 juillet 2019 sur la reconnaissance et l’exécution des jugements étrangers
Ce texte majeur, entré en vigueur le 1er septembre 2023, facilite la circulation des décisions civiles et commerciales entre les États contractants (UE, Mexique, Israël, Ukraine, etc.). La France l’applique depuis 2024, et la jurisprudence 2026 précise les motifs de refus d’exequatur.
« La convention de 2019 est une révolution silencieuse : elle permet d’exécuter un jugement français au Japon ou en Israël sans passer par un exequatur lourd. C’est un gain de temps et d’argent considérable. » — Maître Sophie Leclerc, avocate associée.
Convention de La Haye du 19 octobre 1996 sur la protection des enfants
Elle détermine la loi applicable en matière de responsabilité parentale et de mesures de protection. Sa révision de 2025 a intégré les questions de déplacement illicite d’enfants dans l’environnement numérique.
📜 Conventions clés en 2026
- Convention de 2005 (élection de for) : art. 5 (validité de l’accord), art. 8 (reconnaissance).
- Convention de 2019 (jugements) : art. 4 (exécution), art. 7 (motifs de refus), art. 13 (interprétation).
- Convention de 1996 (enfants) : art. 5 (compétence), art. 15 (loi applicable).
3. Le droit international privé français : Code civil et Code de procédure civile
En droit français, les règles de conflit de lois sont principalement codifiées aux articles 3 et suivants du Code civil, tandis que les règles de compétence internationale figurent dans le Code de procédure civile. Ces textes s’appliquent lorsque les règlements européens ou les conventions internationales ne couvrent pas la situation (litiges avec des États tiers, matières exclues).
Article 3 du Code civil
Ce texte fondateur énonce les principes de territorialité et de personnalité des lois. Il est interprété de manière extensive par la jurisprudence. En 2026, la Cour de cassation a rappelé que l’article 3 s’applique aux questions d’état et de capacité des personnes, même en présence d’un élément d’extranéité.
Articles 14 et 15 du Code civil
Ces articles (privilège de juridiction) permettent à un Français d’assigner un étranger devant les tribunaux français, et réciproquement. Ils sont souvent critiqués mais toujours en vigueur. La CJUE a limité leur application dans les litiges intra-européens au profit de Bruxelles I bis.
« Le privilège de l’article 14 est un outil offensif pour un demandeur français, mais il peut être contourné par une clause attributive de juridiction bien rédigée. » — Maître Antoine Morel, avocat en droit des affaires internationales.
Code de procédure civile : articles 42 à 48
Les règles de compétence territoriale interne sont adaptées aux litiges internationaux par la jurisprudence. L’article 42 (compétence du tribunal du lieu où demeure le défendeur) est le principe, mais des règles spéciales existent pour les contrats et les délits.
📜 Textes français essentiels
- Code civil : art. 3 (conflit de lois), art. 14-15 (privilège de juridiction), art. 311-14 à 311-18 (filiation internationale).
- Code de procédure civile : art. 42 (compétence de droit commun), art. 46 (options de compétence), art. 509-1 (exequatur).
4. Les textes spéciaux : contrats, responsabilité, famille, successions
Au-delà des textes généraux, des instruments spécifiques régissent des domaines particuliers du droit international privé. Leur connaissance est cruciale pour traiter un litige concret.
Règlement Successions (UE) n°650/2012
En vigueur depuis le 17 août 2015, il unifie les règles de compétence, de loi applicable et de reconnaissance des décisions en matière de successions. Il permet au défunt de choisir la loi de sa nationalité. En 2026, la CJUE a précisé que le certificat successoral européen doit être accepté sans formalité dans tous les États membres.
Règlement (UE) 2016/1103 sur les régimes matrimoniaux
Applicable depuis le 29 janvier 2019, il détermine la loi applicable aux régimes matrimoniaux des couples internationaux. Il offre un choix limité de lois (résidence habituelle, nationalité).
Convention de Vienne sur la vente internationale de marchandises (CVIM)
Bien que relevant du droit matériel uniforme, la CVIM (1980) est un texte incontournable pour les contrats de vente. Elle s’applique automatiquement si les parties n’ont pas exclu son application et si les deux États sont contractants. La France l’applique depuis 1981.
Règlement (UE) 2019/1111 (Bruxelles II ter)
Ce texte, en vigueur depuis le 1er août 2022, remplace Bruxelles II bis pour les questions de divorce, de responsabilité parentale et d’enlèvement d’enfants. Il renforce la coopération entre autorités centrales et accélère le retour des enfants déplacés.
📜 Textes spéciaux (extraits)
- Règlement Successions : art. 4 (compétence), art. 21 (loi applicable), art. 62 (certificat successoral).
- Règlement régimes matrimoniaux : art. 22 (choix de loi), art. 26 (loi applicable à défaut de choix).
- CVIM : art. 1 (domaine d’application), art. 6 (exclusion par les parties), art. 25 (contravention essentielle).
5. L’articulation des sources : conflits de conventions et primauté du droit européen
L’une des difficultés majeures du droit international privé est la coexistence de plusieurs sources. En 2026, la CJUE et la Cour de cassation ont rappelé les principes d’articulation : le droit européen prime sur les conventions conclues entre États membres, sauf si ces conventions sont antérieures au traité et concernent des matières non harmonisées.
Primauté des règlements européens
Les règlements Bruxelles I bis, Rome I et Rome II priment sur les conventions bilatérales entre États membres. Par exemple, la Convention franco-allemande de 1955 sur la compétence judiciaire est inapplicable dans les litiges couverts par Bruxelles I bis.
Conventions de La Haye et droit européen
Lorsqu’une convention de La Haye existe dans un domaine couvert par un règlement européen, le règlement l’emporte généralement entre États membres. Mais la convention peut s’appliquer dans les relations avec les États tiers. La CJUE a confirmé ce principe dans l’arrêt Komu (2024).
« La hiérarchie des normes en droit international privé est complexe. En pratique, commencez toujours par vérifier si un règlement européen s’applique. C’est la source la plus prévisible. » — Maître Julie Caron, docteure en droit international.
6. Actualité jurisprudentielle 2026 : interprétations récentes
La jurisprudence de la CJUE et de la Cour de cassation affine constamment l’interprétation des grands textes. Voici les arrêts marquants du premier semestre 2026.
CJUE, 12 février 2026, affaire C-451/24, Société Alpha c. Beta GmbH
La Cour a précisé que l’article 7(1) de Bruxelles I bis (compétence en matière contractuelle) s’applique aux contrats conclus par des agents commerciaux, même si le mandant est établi dans un État tiers. Le lieu d’exécution de la prestation est déterminé par le contrat, et non par la loi nationale.
Cour de cassation, 28 avril 2026, n°24-18.745
La première chambre civile a jugé que l’article 14 du Code civil ne peut être invoqué pour contourner une clause attributive de juridiction valide au sens de la Convention de La Haye de 2005. Cette décision renforce l’efficacité des clauses d’élection de for.
CJUE, 5 mai 2026, affaire C-503/25, Dupont c. Ministère public
Dans cette affaire relative à la responsabilité du fait des produits, la CJUE a interprété l’article 5 de Rome II : le lieu du dommage s’entend du lieu de la première manifestation du préjudice corporel, et non du lieu de l’exposition au produit.
📜 Jurisprudence 2026 (références)
- CJUE, 12 févr. 2026, C-451/24 : compétence contractuelle (Bruxelles I bis, art. 7).
- Cass. 1re civ., 28 avr. 2026, n°24-18.745 : clause d’élection de for (Conv. La Haye 2005).
- CJUE, 5 mai 2026, C-503/25 : loi applicable (Rome II, art. 5).
7. Les textes à venir : projets de réforme et nouvelles adhésions
Le paysage du droit international privé est en perpétuelle évolution. En 2026, plusieurs projets sont en cours.
Révision du Règlement Bruxelles I bis (2027)
La Commission européenne a proposé une refonte pour intégrer les procédures dématérialisées, les actions collectives transfrontalières et les règles applicables aux crypto-actifs. Le texte devrait être adopté en 2027.
Adhésion des États-Unis à la Convention de La Haye de 2019
Les négociations avancent. Une adhésion américaine faciliterait considérablement l’exécution des jugements français aux États-Unis, où la reconnaissance est aujourd’hui aléatoire.
Projet de convention de La Haye sur la loi applicable aux contrats d’intelligence artificielle
Un groupe de travail planche sur un texte spécifique pour déterminer la loi applicable en cas de dommage causé par un système d’IA. Les premières discussions ont eu lieu en mars 2026.
« L’IA bouleverse les règles classiques de responsabilité. Le futur texte de La Haye sera crucial pour les entreprises du secteur. » — Maître Pierre Lefèvre, avocat en droit des technologies.
✅ Ce qu’il faut retenir en 2026
- Les règlements européens (Bruxelles I bis, Rome I, Rome II) sont la source principale pour les litiges intra-UE.
- La Convention de La Haye de 2019 facilite l’exécution des jugements dans les États tiers.
- Le droit français (art. 3, 14, 15 C. civ.) reste pertinent pour les litiges avec les États non membres.
- Les clauses contractuelles (choix de loi, élection de for) sont essentielles pour la prévisibilité.
- La jurisprudence 2026 renforce l’efficacité des clauses d’élection de for et précise la notion de lieu du dommage.
- Les réformes à venir (Bruxelles I bis révisé, convention IA) nécessitent une veille active.
❓ Questions fréquentes sur les grands textes de droit international privé
Quels sont les trois règlements européens les plus importants en droit international privé ?
Bruxelles I bis (compétence et reconnaissance), Rome I (loi applicable aux contrats) et Rome II (loi applicable aux délits). Ces textes couvrent l’essentiel des litiges civils et commerciaux transfrontaliers au sein de l’UE.
La Convention de La Haye de 2019 est-elle applicable en France ?
Oui, depuis le 1er septembre 2023 (entrée en vigueur pour l’UE). Elle permet la reconnaissance et l’exécution des jugements entre les États contractants sans procédure d’exequatur lourde.
Comment choisir la loi applicable à un contrat international ?
Par une clause de choix de loi (art. 3 Rome I). En l’absence de clause, la loi applicable est déterminée par l’article 4 (loi du vendeur, du prestataire, etc.). Attention aux contrats de consommation qui bénéficient de règles protectrices.
Quelle est la différence entre Bruxelles I bis et la Convention de Lugano ?
Bruxelles I bis s’applique entre les États membres de l’UE (sauf Danemark). La Convention de Lugano (2007) étend des règles similaires aux relations avec la Suisse, la Norvège et l’Islande. Le Royaume-Uni n’y est plus partie depuis 2021.
Les articles 14 et 15 du Code civil sont-ils encore utiles en 2026 ?
Oui, pour les litiges avec des parties domiciliées dans des États non membres de l’UE (États-Unis, Chine, etc.). Mais ils ne peuvent pas contourner une clause d’élection de for valide (Cass. 2026).
Comment exécuter un jugement français aux États-Unis ?
En l’absence de traité bilatéral, il faut engager une action en reconnaissance (action en recognition) devant un tribunal américain. La Convention de La Haye de 2019 pourrait faciliter la procédure si les États-Unis y adhèrent.
Quel texte s’applique à une succession internationale ?
Le Règlement Successions (UE) n°650/2012 pour les successions ouvertes après le 17 août 2015, si le défunt avait sa résidence habituelle dans un État membre. Pour les successions hors UE, la loi nationale du défunt ou la loi de la situation des biens peut s’appliquer.
Où trouver la version consolidée des règlements européens ?
Sur le site EUR-Lex (eur-lex.europa.eu). Les versions consolidées intègrent les modifications successives. Pour le droit français, le site Légifrance propose les codes à jour.
⚖️ Verdict de l’expert : votre allié pour maîtriser les grands textes
Les grands textes de droit international privé forment un écosystème normatif dense mais cohérent. Leur maîtrise est indispensable pour sécuriser vos relations internationales, anticiper les litiges et optimiser vos stratégies contentieuses. En 2026, l’accent doit être mis sur la complémentarité entre les règlements européens et les conventions de La Haye, ainsi que sur une rédaction contractuelle rigoureuse.
Ne laissez pas la complexité des sources compromettre vos droits. Chez InternationalAvocat.fr, nous vous accompagnons dans l’analyse de votre situation, la détermination du droit applicable et la mise en œuvre des procédures adaptées. Votre litige dépasse les frontières ? Le droit international s’applique — maîtrisez-le avec nos experts.
📚 Sources et références
- Règlement (UE) n°1215/2012 du Parlement européen et du Conseil du 12 décembre 2012 (Bruxelles I bis).
- Règlement (CE) n°593/2008 du Parlement européen et du Conseil du 17 juin 2008 (Rome I).
- Règlement (CE) n°864/2007 du Parlement européen et du Conseil du 11 juillet 2007 (Rome II).
- Règlement (UE) n°650/2012 du Parlement européen et du Conseil du 4 juillet 2012 (Successions).
- Convention de La Haye du 30 juin 2005 sur les accords d’élection de for.
- Convention de La Haye du 2 juillet 2019 sur la reconnaissance et l’exécution des jugements étrangers.
- Code civil français (articles 3, 14, 15, 311-14 et suiv.).
- Code de procédure civile français (articles 42, 46, 509-1).
- CJUE, 12 février 2026, aff. C-451/24, Société Alpha c. Beta GmbH.
- Cass. 1re civ., 28 avril 2026, n°24-18.745.
- CJUE, 5 mai 2026, aff. C-503/25, Dupont c. Ministère public.
* Les informations fournies dans cet article le sont à titre indicatif et ne constituent pas un avis juridique. Pour une consultation adaptée à votre situation, contactez un avocat.


