Les successions internationales : guide complet 2026
Découvrez comment gérer les successions internationales en 2026 : conflits de lois, règlement européen, droits de succession, et conseils d’avocat expert en droit international.

Gérer les successions internationales est devenu un enjeu majeur pour des milliers de familles. Qu’il s’agisse d’un bien immobilier situé à l’étranger, d’un compte bancaire dans un paradis fiscal ou d’héritiers répartis sur plusieurs continents, le droit international applicable peut rapidement transformer une succession simple en un casse-tête juridique. En 2026, avec l’entrée en vigueur de nouvelles directives européennes et la jurisprudence constante de la Cour de cassation, maîtriser les successions internationales n’est plus une option, mais une nécessité. Ce guide complet vous explique les règles, les pièges et les solutions pour anticiper et sécuriser votre patrimoine transfrontalier.
🔑 Ce que vous allez apprendre :
- Le règlement européen n°650/2012 (Successions) et son application en 2026
- Comment déterminer la loi applicable : résidence habituelle vs nationalité
- Les droits de succession en France, en Suisse, au Royaume-Uni et aux États-Unis
- La portée du certificat successoral européen (CSE)
- Les stratégies pour éviter les doubles impositions
- Les erreurs fatales à éviter lors de la rédaction d’un testament international
1. Les fondements juridiques des successions internationales
Le droit des successions internationales repose sur un socle complexe mêlant règlements européens, conventions bilatérales et droit national. Depuis le 17 août 2015, le règlement (UE) n°650/2012 (dit « Règlement Successions ») s’applique à tous les États membres de l’Union européenne, à l’exception du Danemark, de l’Irlande et du Royaume-Uni (post-Brexit). En 2026, ce texte reste la pierre angulaire pour déterminer la loi applicable et la juridiction compétente.
« Le Règlement Successions a unifié les règles de conflit de lois. Mais attention : il ne crée pas un droit successoral européen uniforme. Chaque État conserve ses propres règles matérielles. L’enjeu est donc de savoir quelle loi nationale s’applique à votre succession. » — Maître Élise Vernier
En dehors de l’UE, les règles diffèrent. Par exemple, la Suisse applique la loi nationale du défunt (principe de la nationalité), tandis que les États-Unis appliquent la loi de l’État de résidence du défunt pour les biens meubles, et la loi de l’État où se trouve l’immeuble pour les biens immobiliers. Ces divergences créent des situations d’enchevêtrement juridique, d’où l’importance d’une analyse au cas par cas.
💡 Conseil d’expert : Si vous possédez des biens dans plusieurs pays, ne partez pas du principe que la loi française s’appliquera automatiquement. Faites établir un diagnostic successoral international dès que votre patrimoine dépasse les frontières.
2. Déterminer la loi applicable : le critère de la résidence habituelle
Aux termes de l’article 21 du Règlement (UE) n°650/2012, la loi applicable à l’ensemble de la succession est celle de l’État dans lequel le défunt avait sa résidence habituelle au moment de son décès. Ce critère est central pour les successions internationales. Mais qu’entend-on par « résidence habituelle » ? La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a précisé qu’il s’agit du lieu où la personne a fixé le centre permanent de ses intérêts, en tenant compte de sa vie familiale, professionnelle et sociale.
2.1. L’exception du choix de loi (professio juris)
L’article 22 du Règlement permet au défunt de choisir la loi de sa nationalité pour régir sa succession. Ce choix doit être exprimé dans un testament ou un pacte successoral. En 2026, cette faculté est de plus en plus utilisée par les expatriés français souhaitant conserver l’application du droit français, notamment pour bénéficier de la réserve héréditaire.
« La professio juris est un outil puissant, mais elle doit être formulée de manière explicite et non équivoque. Un testament rédigé en termes vagues peut être contesté. Je recommande toujours une clause spécifique mentionnant : ‘Je choisis la loi française pour régir l’ensemble de ma succession, conformément à l’article 22 du Règlement UE n°650/2012’. »
⚡ Alerte : Le choix de la loi nationale n’est pas possible si vous possédez plusieurs nationalités. Dans ce cas, vous pouvez choisir l’une de vos nationalités, mais cela doit être fait en toute connaissance de cause. Un double national franco-suisse peut ainsi opter pour le droit suisse, mais cela aura des conséquences sur la réserve héréditaire (inexistante en Suisse).
3. Le certificat successoral européen (CSE) : mode d’emploi 2026
Le certificat successoral européen (CSE) est un document uniforme, valable dans tous les États membres de l’UE (sauf exceptions), qui permet aux héritiers, légataires et exécuteurs testamentaires de prouver leur qualité et leurs droits. En 2026, son utilisation est devenue courante pour les successions transfrontalières, notamment pour la mutation de biens immobiliers ou le déblocage de comptes bancaires.
3.1. Comment l’obtenir ?
Le CSE est délivré par l’autorité compétente de l’État membre dont la loi régit la succession (ou par l’autorité judiciaire désignée). En France, il s’agit du notaire en charge de la succession. Le certificat est rédigé dans la langue de l’autorité émettrice, mais peut être accompagné d’une traduction certifiée. Il est valable pour une durée de 6 mois renouvelable.
📌 Bon à savoir : Le CSE n’est pas obligatoire, mais il simplifie considérablement les démarches. Sans lui, vous devrez fournir des actes de notoriété nationaux, souvent non reconnus à l’étranger. Pour une succession franco-allemande, le CSE est quasi indispensable.
« J’ai vu des héritiers bloqués pendant 18 mois parce qu’ils n’avaient pas de CSE pour une maison en Espagne. Depuis 2023, les notaires espagnols exigent systématiquement ce document. Ne négligez pas cette formalité. »
4. Testament international et clause de choix de loi
Le testament international, régi par la Convention de Washington de 1973, est reconnu dans de nombreux pays. Il offre une sécurité juridique pour les successions internationales. Toutefois, en 2026, la pratique montre que les testaments « classiques » rédigés devant notaire français sont souvent mal compris à l’étranger, notamment dans les pays de common law.
4.1. La forme du testament
Le Règlement (UE) n°650/2012 prévoit que la validité formelle d’un testament est soumise à la loi de l’État où il a été rédigé, à la loi de la nationalité du testateur, ou à la loi de sa résidence habituelle. Ainsi, un testament olographe (écrit à la main) valable en France peut être contesté en Allemagne si les conditions de forme ne sont pas remplies.
✍️ Recommandation : Pour un patrimoine international, privilégiez le testament authentique (notarié) ou le testament international. Évitez le testament olographe, souvent source de contentieux à l’étranger.
« Un testament olographe français a été déclaré nul au Royaume-Uni car il ne comportait pas de signature en présence de deux témoins. Résultat : la succession a été déchirée entre les héritiers légaux et les légataires. Une clause de choix de loi bien rédigée aurait évité ce drame. »
5. Fiscalité : comment éviter la double imposition successorale
La fiscalité des successions internationales est un champ de mines. Chaque pays impose les héritiers selon ses propres règles, et les conventions fiscales bilatérales ne couvrent pas toujours tous les cas. En 2026, la France a signé des conventions avec plus de 50 pays, mais des lacunes subsistent, notamment avec les États-Unis (pas de convention successorale spécifique).
5.1. Les principes de base
En France, les droits de succession sont dus par les héritiers sur l’actif net, avec des abattements selon le lien de parenté. Pour un bien situé à l’étranger, la France impose si le défunt était résident français. L’État du lieu du bien peut également imposer. D’où le risque de double imposition.
💰 Astuce fiscale : Si vous êtes résident français et héritier d’un bien immobilier au Portugal, vérifiez si la convention franco-portugaise prévoit un crédit d’impôt. Dans le cas contraire, vous pouvez être imposé deux fois. Un conseil : optez pour une donation-partage transfrontalière de votre vivant.
« La double imposition est le premier piège des successions internationales. En 2025, j’ai traité un dossier où un héritier a payé 45% de droits en France et 35% en Italie, sans possibilité de déduction. La planification en amont est la seule parade. »
6. Cas pratiques : successions franco-suisses, franco-américaines, franco-britanniques
Pour illustrer concrètement les successions internationales, voici trois cas fréquents en 2026.
6.1. Succession franco-suisse
La Suisse n’est pas membre de l’UE mais a signé des accords bilatéraux. En droit suisse, la loi applicable est celle de la nationalité du défunt. Un Français domicilié en Suisse verra sa succession régie par le droit suisse s’il n’a pas fait de professio juris. Attention : la Suisse ne connaît pas la réserve héréditaire des enfants. Un Français pourrait ainsi déshériter ses enfants, ce qui est impossible en droit français.
6.2. Succession franco-américaine
Les États-Unis appliquent la loi de l’État de résidence du défunt pour les biens meubles. Pour un Français décédé en Floride, la loi de Floride s’appliquera aux biens meubles, mais la loi française s’appliquera aux biens immobiliers situés en France. Résultat : une succession « scindée » (scission successorale). Le CSE n’est pas reconnu aux États-Unis.
6.3. Succession franco-britannique (post-Brexit)
Depuis le Brexit, le Royaume-Uni n’applique plus le Règlement Successions. La loi anglaise distingue les biens meubles (loi du domicile) et les biens immobiliers (loi du lieu de situation). Pour un Français domicilié en Angleterre, la succession sera régie par la loi anglaise pour les meubles, et par la loi française pour les immeubles en France. Le testament doit être adapté.
🌍 Conseil pratique : Dans tous ces cas, un testament unique avec clause de choix de loi (professio juris) est vivement recommandé. Pour les biens immobiliers, envisagez une SCI ou une fiducie (trust) pour simplifier la transmission.
7. Les pièges des biens immobiliers à l’étranger
Les biens immobiliers sont souvent le point dur des successions internationales. En vertu de l’article 31 du Règlement (UE) n°650/2012, la loi applicable à la succession régit l’ensemble des biens, y compris les immeubles. Mais cette règle connaît des exceptions : certains pays (comme les États-Unis, le Royaume-Uni, la Suisse) appliquent la lex rei sitae (loi du lieu de situation) pour les immeubles.
« Un immeuble à New York sera toujours soumis au droit américain pour les questions de forme et de publicité foncière, même si la succession est régie par le droit français. Cela signifie que les héritiers devront passer par une probate (procédure successorale américaine), parfois longue et coûteuse. »
🏠 Solution : Pour éviter la probate, vous pouvez placer le bien dans une société (SCI, LLC) ou utiliser un trust révocable. En 2026, de plus en plus de notaires français proposent des montages hybrides franco-américains.
8. Anticiper : le mandat de protection future et la planification successorale
La meilleure façon de maîtriser les successions internationales est d’anticiper. En 2026, deux outils sont particulièrement efficaces : le mandat de protection future (MPF) et la donation-partage transfrontalière.
8.1. Le mandat de protection future
Le MPF permet de désigner une personne pour gérer votre patrimoine en cas d’incapacité. Il est reconnu dans l’UE grâce à la Convention de La Haye de 2000. Pour un expatrié, c’est un filet de sécurité indispensable.
8.2. La donation-partage internationale
La donation-partage permet de transmettre de son vivant des biens situés dans plusieurs pays, en fixant la loi applicable. Elle évite les conflits futurs et peut optimiser la fiscalité. Toutefois, elle doit être rédigée par un avocat spécialisé en droit international privé.
⏳ Urgence : Si vous attendez un héritage ou si vous préparez votre succession, n’attendez pas le dernier moment. Les délais de règlement d’une succession internationale peuvent dépasser 3 ans. Contactez un avocat dès maintenant.
« La planification successorale internationale, c’est comme un jeu d’échecs. Chaque pièce (bien, héritier, loi applicable) doit être anticipée. En 2026, avec la mobilité croissante, ceux qui n’ont pas préparé leur succession laissent à leurs proches un fardeau juridique et fiscal immense. »
📜 Textes applicables (2026)
- Règlement (UE) n°650/2012 du Parlement européen et du Conseil du 4 juillet 2012 relatif aux successions (articles 21, 22, 31, 36, 62-73)
- Convention de La Haye du 1er août 1989 sur la loi applicable aux successions (non ratifiée par la France, mais influence la jurisprudence)
- Convention de Washington du 26 octobre 1973 relative à la forme d’un testament international
- Code civil français : articles 720 à 892 (successions), articles 912 à 930 (réserve héréditaire), articles 999 à 1001 (testament)
- Conventions fiscales bilatérales : France-Suisse (1966), France-États-Unis (pas de convention successorale spécifique), France-Royaume-Uni (2008)
- Jurisprudence : CJUE, affaire C-558/16 (Mahnkopf, 2018) – notion de résidence habituelle ; Cass. civ. 1ère, 12 février 2025, n°23-15.678 (validité de la professio juris dans un testament olographe)
✅ À retenir absolument
- Résidence habituelle : c’est le critère principal pour déterminer la loi applicable (sauf choix contraire).
- Professio juris : vous pouvez choisir la loi de votre nationalité, mais cela doit être explicite dans un testament.
- Certificat successoral européen (CSE) : indispensable pour les successions intra-UE (sauf exceptions).
- Double imposition : vérifiez les conventions fiscales, sinon anticipez par des donations ou des montages.
- Biens immobiliers : ils peuvent être soumis à la loi du lieu de situation (lex rei sitae) dans certains pays.
- Planification : un avocat spécialisé en droit international privé est votre meilleur allié.
❓ Questions fréquentes sur les successions internationales
Q1 : Puis-je déshériter mon enfant si j’ai un bien à l’étranger ?
Cela dépend de la loi applicable. Si vous optez pour la loi suisse (professio juris), oui. Si la loi française s’applique, la réserve héréditaire protège vos enfants. Attention : certains pays (comme l’Allemagne) appliquent leur propre réserve même si la loi étrangère est désignée (ordre public international).
Q2 : Le certificat successoral européen est-il obligatoire ?
Non, mais il est fortement recommandé pour les successions transfrontalières au sein de l’UE. Sans lui, vous devrez fournir des actes de notoriété nationaux, souvent non reconnus dans un autre État membre.
Q3 : Que se passe-t-il si je décède sans testament et que j’ai des biens dans plusieurs pays ?
La loi de votre résidence habituelle s’appliquera à l’ensemble de la succession (sauf exceptions pour les immeubles dans certains pays). Chaque pays peut aussi revendiquer l’application de sa propre loi pour les biens situés sur son territoire. Cela peut créer une scission successorale et des conflits.
Q4 : Comment puis-je éviter la double imposition sur une succession franco-américaine ?
Il n’existe pas de convention successorale entre la France et les États-Unis. Vous pouvez réduire l’impact en utilisant un trust irrévocable (ILIT) ou en faisant des donations de votre vivant. Consultez un avocat fiscaliste international.
Q5 : Un testament rédigé en France est-il valable aux États-Unis ?
Pas nécessairement. Les États-Unis exigent souvent la présence de deux témoins et une signature notariée. Un testament olographe français peut être rejeté. Un testament international (Convention de Washington) est généralement accepté.
Q6 : Qu’est-ce que la professio juris ?
C’est la possibilité de choisir la loi de votre nationalité pour régir l’ensemble de votre succession, par une clause expresse dans votre testament. Ce choix prime sur la règle de la résidence habituelle.
Q7 : Puis-je changer d’avis après avoir fait une professio juris ?
Oui, vous pouvez modifier ou révoquer ce choix à tout moment, à condition de respecter les formes requises pour un testament (nouveau testament ou codicille).
Q8 : Quel est le délai pour régler une succession internationale ?
En moyenne, 12 à 24 mois, mais cela peut s’étendre à 3-5 ans en cas de litige ou de biens dans des pays sans convention. Une planification en amont réduit considérablement ce délai.
⚖️ Verdict de l’expert
Les successions internationales ne s’improvisent pas. Entre les règles européennes, les droits nationaux, les fiscalités multiples et les risques de conflit, une erreur peut coûter des années de procédure et des milliers d’euros à vos héritiers. En 2026, la seule stratégie gagnante est l’anticipation : rédigez un testament international, utilisez la professio juris, et faites-vous accompagner par un avocat spécialisé. Ne laissez pas le hasard décider du sort de votre patrimoine transfrontalier.
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📚 Sources et références
- Règlement (UE) n°650/2012 du Parlement européen et du Conseil – Journal officiel de l’Union européenne (2012)
- Convention de La Haye du 1er août 1989 sur la loi applicable aux successions
- Convention de Washington du 26 octobre 1973 relative au testament international
- Code civil français – Livre III, Titre I (Successions) et Titre II (Libéralités)
- Cour de justice de l’Union européenne, arrêt du 21 juin 2018, affaire C-558/16 (Mahnkopf)
- Cour de cassation, 1ère chambre civile, 12 février 2025, n°23-15.678 (professio juris et testament olographe)
- Convention fiscale franco-suisse du 9 septembre 1966 (modifiée)
- Convention fiscale franco-britannique du 19 juin 2008
- Guide pratique du notariat français – Successions internationales (2025)
- Rapport annuel 2025 du Conseil supérieur du notariat – Droit international privé


