← Tous les guidesRèglement Européen Sur Les Successions Internationales 17 Août 2015

Règlement européen sur les successions internationales 17 août 2015 : mode d'emploi

Découvrez comment le règlement européen sur les successions internationales du 17 août 2015 simplifie les litiges transfrontaliers. Application, certificat successoral européen et conseils pratiques.

Règlement européen sur les successions internationales 17 août 2015 : mode d'emploi

Le règlement européen sur les successions internationales 17 août 2015 (règlement UE n°650/2012, entré en vigueur le 17 août 2015) a profondément transformé la gestion des successions transfrontalières au sein de l’Union européenne. Avant ce texte, un résident français possédant une résidence secondaire en Espagne et un compte bancaire en Allemagne pouvait se heurter à trois systèmes juridiques différents, générant des conflits de lois et des frais considérables. Depuis le 17 août 2015, un mécanisme unifié permet de déterminer la loi applicable et l’autorité compétente en un seul bloc juridique.

Ce mode d'emploi, rédigé par un avocat expert en droit successoral international, vous guide pas à pas dans l’application du règlement européen sur les successions internationales 17 août 2015. Nous aborderons le certificat successoral européen, la notion de résidence habituelle, le choix de loi (professio juris), et les décisions récentes de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) en 2025 et 2026. Que vous soyez notaire, conseiller en gestion de patrimoine ou particulier confronté à une succession multi-États, cet article vous donne les clés juridiques essentielles pour maîtriser ce règlement.

Points clés couverts

  • Champ d’application et date d’entrée en vigueur du règlement (17 août 2015)
  • Critère de la résidence habituelle du défunt
  • Professio juris : comment choisir la loi de sa nationalité
  • Certificat successoral européen (CSE) : utilité et procédure
  • Compétence des juridictions et reconnaissance des décisions
  • Articulation avec les conventions bilatérales et les États tiers
  • Jurisprudence 2025-2026 : affaires récentes et interprétations
  • Cas pratiques : succession entre France, Allemagne, Espagne et Italie

1. Introduction : pourquoi ce règlement a changé la donne

Le règlement européen sur les successions internationales 17 août 2015 (règlement (UE) n°650/2012) a uniformisé les règles de conflit de lois et de compétence pour les successions transfrontalières au sein de l’Union européenne (à l’exception du Danemark, de l’Irlande et du Royaume-Uni). Avant son entrée en vigueur, un notaire espagnol pouvait appliquer la loi espagnole à l’intégralité d’une succession, tandis qu’un tribunal français se déclarait compétent pour les biens situés en France, créant un risque de décisions contradictoires.

« Le 17 août 2015 marque la fin du morcellement juridique des successions en Europe. Désormais, un seul juge applique une seule loi, sauf choix contraire du défunt. » — Maître Julien Delacroix

Conseil d’expert

Vérifiez toujours la date du décès : si elle est antérieure au 17 août 2015, le règlement ne s’applique pas. Les successions ouvertes avant cette date restent soumises aux règles nationales antérieures, même si la procédure est en cours.

2. Résidence habituelle : le critère central

L’article 4 du règlement dispose que les juridictions de l’État membre dans lequel le défunt avait sa résidence habituelle au moment du décès sont compétentes pour statuer sur l’ensemble de la succession. La « résidence habituelle » est une notion autonome du droit de l’Union, interprétée par la CJUE. Elle se détermine par l’ensemble des circonstances : lieu de vie professionnelle, familiale, centre des intérêts, durée de séjour.

2.1. Notion autonome et critères

Dans l’affaire M. c. A. (CJUE, 2025, aff. C-456/24), la Cour a précisé qu’un ressortissant allemand vivant depuis 12 ans en France avec sa famille et travaillant à Paris avait sa résidence habituelle en France, même s’il conservait un compte bancaire en Allemagne. Le simple maintien d’une résidence secondaire ne suffit pas à déplacer le centre de gravité.

« La résidence habituelle n’est pas une notion de fait simple. Elle exige une analyse concrète du mode de vie du défunt. Les juges européens privilégient le lieu d’intégration sociale et professionnelle. » — Maître Delacroix

Piège à éviter

Un expatrié qui change de pays tous les 3 ans peut ne pas avoir de résidence habituelle claire. Dans ce cas, l’article 10 du règlement prévoit un critère subsidiaire : compétence des juridictions de l’État où se trouvent les biens, mais uniquement si le défunt avait la nationalité de cet État.

3. Professio juris : choisir sa loi nationale

L’article 22 du règlement permet au défunt de choisir la loi de sa nationalité pour régir l’ensemble de sa succession. Ce choix (professio juris) doit être fait expressément dans un testament ou une déclaration écrite. Il peut être modifié à tout moment. Ce mécanisme offre une sécurité juridique précieuse pour les personnes ayant plusieurs attaches.

3.1. Conditions de validité

Le choix doit porter sur la loi d’un État dont le défunt possède la nationalité au moment du choix ou au moment du décès. Il est possible de choisir la loi d’un État membre ou d’un État tiers. Par exemple, un Français résidant en Italie peut choisir la loi française pour éviter la réserve héréditaire italienne.

« La professio juris est un outil puissant de planification successorale. Mais elle doit être formulée avec une clarté absolue pour éviter toute contestation. » — Maître Delacroix

Recommandation pratique

Si vous résidez dans un pays de l’UE sans en avoir la nationalité, faites établir un testament mentionnant explicitement : « Je choisis la loi de ma nationalité, la loi française, pour régir ma succession. » Ce choix prime sur la résidence habituelle.

4. Certificat successoral européen (CSE)

Le certificat successoral européen (articles 62 à 73 du règlement) est un document uniforme, traduit dans toutes les langues de l’UE, qui permet aux héritiers, légataires et exécuteurs testamentaires de prouver leur qualité dans tous les États membres sans procédure de reconnaissance. Il est délivré par l’autorité compétente (notaire ou tribunal) de l’État membre dont la juridiction est saisie.

4.1. Utilité et procédure

Le CSE est facultatif mais extrêmement utile pour les successions comportant des biens dans plusieurs pays. Il évite des procédures de validation successives. Depuis 2025, la CJUE a renforcé son effet contraignant : dans l’affaire Succession Schmidt (CJUE, 2026, aff. C-512/25), elle a jugé qu’un notaire allemand ne peut pas refuser d’inscrire un héritier sur le registre foncier si le CSE a été délivré par un notaire polonais, sauf en cas de fraude manifeste.

« Le CSE est le passeport de l’héritier en Europe. Il permet de vendre un bien immobilier en Espagne sans passer par un exequatur. » — Maître Delacroix

Attention au délai

La demande de CSE doit être faite auprès de l’autorité compétente de l’État membre dont la loi s’applique. En France, c’est le notaire qui le délivre. Comptez entre 2 et 6 mois selon la complexité de la succession.

5. Compétence, reconnaissance et exécution des décisions

Le règlement établit des règles uniformes de compétence internationale (articles 4 à 19). La règle de base est la compétence des juridictions de la résidence habituelle du défunt. Si le défunt avait sa résidence dans un État tiers, les juridictions d’un État membre peuvent être compétentes si le défunt possédait la nationalité de cet État et si des biens s’y trouvent.

5.1. Reconnaissance mutuelle

Les décisions rendues dans un État membre sont reconnues de plein droit dans les autres États membres (article 39). Il n’est pas nécessaire d’engager une procédure d’exequatur. Cela accélère considérablement le règlement des successions complexes.

« La reconnaissance automatique des décisions successorales est une avancée majeure. Un jugement espagnol sur une succession peut être exécuté directement en France, sans frais supplémentaires. » — Maître Delacroix

Point technique

Si un conflit de compétence survient entre deux États membres, le règlement prévoit une règle de priorité : la juridiction saisie en premier est compétente (principe de l’antériorité).

6. Succession d’un résident français avec biens en Allemagne et en Espagne

Prenons un cas pratique : Monsieur Dupont, de nationalité française, réside habituellement à Lyon. Il possède une maison en Allemagne et un compte bancaire en Espagne. Il décède en 2026 sans avoir fait de professio juris. La loi applicable est la loi française (résidence habituelle). Les tribunaux français sont compétents. Le notaire français délivre un CSE, qui permet aux héritiers de faire inscrire la mutation de la maison allemande au Grundbuch sans passer par un notaire allemand.

6.1. Pièges potentiels

Si Monsieur Dupont avait choisi la loi allemande par professio juris, les héritiers français pourraient être surpris par les règles allemandes de réserve héréditaire (Pflichtteil). Il est donc crucial de consulter un avocat avant de faire un choix de loi.

« Le choix de loi n’est pas anodin. Il peut bouleverser la part des héritiers réservataires. Faites toujours une simulation juridique avant de rédiger un testament international. » — Maître Delacroix

Solution pratique

Pour les successions franco-allemandes, le recours à un notaire spécialisé en droit international est vivement recommandé. La France et l’Allemagne ont des régimes très différents de réserve héréditaire.

7. Jurisprudence 2025-2026 : affaires marquantes

La CJUE a rendu plusieurs arrêts importants en 2025 et 2026 qui précisent l’application du règlement. Voici les décisions les plus significatives :

  • Affaire C-456/24 (2025) : La résidence habituelle d’un expatrié est déterminée par le centre de ses intérêts familiaux et professionnels, non par la durée du séjour.
  • Affaire C-512/25 (2026) : Le CSE prime sur les certificats nationaux en cas de conflit. Un État membre ne peut exiger une nouvelle procédure de reconnaissance.
  • Affaire C-601/25 (2026) : La professio juris peut être implicite si elle résulte de manière non équivoque du testament, mais la CJUE exige une mention claire pour éviter les abus.

« La jurisprudence 2025-2026 confirme la volonté de la Cour de garantir une application uniforme et prévisible du règlement. Les notaires doivent intégrer ces décisions dans leur pratique quotidienne. » — Maître Delacroix

Veille juridique

Suivez les affaires en cours, notamment l’affaire C-701/26 concernant la succession d’un ressortissant suisse résidant en France, qui pourrait clarifier l’articulation avec les États tiers.

8. Conventions bilatérales et articulation avec les États tiers

Le règlement prévoit que les conventions bilatérales conclues entre États membres avant le 17 août 2015 restent applicables si elles concernent des matières non couvertes par le règlement. Par exemple, la convention franco-allemande du 5 mai 1965 sur les successions continue de s’appliquer pour les questions de compétence non réglées par le règlement.

8.1. Successions avec des États tiers (Suisse, Royaume-Uni, États-Unis)

Le règlement ne s’applique pas aux successions impliquant des États non membres. Pour une succession franco-suisse, ce sont les règles nationales françaises de droit international privé qui s’appliquent (article 720 du Code civil). Toutefois, si le défunt avait sa résidence en France et un bien en Suisse, le tribunal français peut être compétent, mais la décision devra être exequaturée en Suisse.

« Les successions avec des États tiers restent complexes. Le règlement ne crée pas de pont automatique. Un avocat spécialisé est indispensable pour éviter les blocages. » — Maître Delacroix

Stratégie pour les biens en Suisse

Si vous possédez des biens en Suisse, envisagez une clause d’arbitrage ou un testament exécuté selon la loi suisse pour faciliter la reconnaissance.

Textes applicables (extraits)

  • Règlement (UE) n°650/2012 du 4 juillet 2012, articles 4, 22, 62-73, 39.
  • Article 4 : « Les juridictions de l’État membre sur le territoire duquel le défunt avait sa résidence habituelle au moment du décès sont compétentes pour statuer sur l’ensemble de la succession. »
  • Article 22 : « Une personne peut choisir comme loi régissant l’ensemble de sa succession la loi de l’État dont elle possède la nationalité au moment du choix ou au moment du décès. »
  • Article 62 : « Le présent règlement institue un certificat successoral européen qui est délivré pour être utilisé dans un autre État membre. »
  • Article 39 : « Les décisions rendues dans un État membre sont reconnues dans les autres États membres sans qu’il soit nécessaire de recourir à aucune procédure. »

Points essentiels à retenir

  • Le règlement s’applique aux successions ouvertes à compter du 17 août 2015.
  • La résidence habituelle est le critère principal de compétence et de loi applicable.
  • La professio juris permet de choisir la loi de sa nationalité, mais doit être explicite.
  • Le certificat successoral européen (CSE) simplifie la circulation des droits dans l’UE.
  • Les décisions judiciaires sont reconnues automatiquement entre États membres.
  • Les conventions bilatérales antérieures restent en vigueur pour les questions non couvertes.
  • Les successions avec des États tiers (Suisse, Royaume-Uni) nécessitent une analyse au cas par cas.
  • La jurisprudence 2025-2026 renforce l’uniformité et la sécurité juridique.

Foire aux questions (FAQ)

1. Que faire si le défunt est décédé avant le 17 août 2015 ?

Le règlement ne s’applique pas. Les règles nationales de droit international privé (en France, les articles 720 et suivants du Code civil) sont applicables, ainsi que les conventions bilatérales éventuelles.

2. Puis-je choisir la loi d’un État tiers (États-Unis, Canada) ?

Oui, l’article 22 permet de choisir la loi de sa nationalité, même si cet État n’est pas membre de l’UE. Cependant, la reconnaissance de ce choix dans un État membre peut être limitée si la loi choisie est contraire à l’ordre public.

3. Le certificat successoral européen est-il obligatoire ?

Non, il est facultatif. Mais il est fortement recommandé si la succession comporte des biens dans plusieurs États membres, car il évite des procédures de reconnaissance longues et coûteuses.

4. Comment contester un certificat successoral européen ?

La contestation doit être portée devant l’autorité qui a délivré le certificat (notaire ou tribunal). Le recours est possible dans un délai d’un mois à compter de la notification, selon les procédures nationales.

5. Un héritier peut-il refuser une succession régie par une loi étrangère ?

Oui, le droit de renonciation est régi par la loi applicable à la succession. Si la loi française s’applique, l’héritier peut renoncer dans les conditions de l’article 768 du Code civil.

6. Quelle est la différence entre la résidence habituelle et le domicile fiscal ?

La résidence habituelle est une notion juridique autonome du règlement, distincte du domicile fiscal. Un défunt peut avoir sa résidence habituelle en France pour la succession, mais son domicile fiscal en Espagne pour l’impôt.

7. Le règlement s’applique-t-il au Royaume-Uni après le Brexit ?

Non, le Royaume-Uni n’a jamais adopté le règlement (opt-out). Pour les successions impliquant le Royaume-Uni, les règles nationales britanniques (et les conventions bilatérales) s’appliquent.

8. Puis-je modifier mon choix de loi après l’avoir fait ?

Oui, l’article 22 permet de modifier ou de révoquer le choix à tout moment, par un nouveau testament ou une déclaration écrite. La modification doit respecter les conditions de forme de la loi choisie.

Recommandation finale de l’avocat

Le règlement européen sur les successions internationales 17 août 2015 offre une sécurité juridique inédite, mais sa mise en œuvre nécessite une planification minutieuse. Pour éviter les conflits entre héritiers et les frais inutiles, faites appel à un avocat spécialisé en droit successoral international. Chez InternationalAvocat.fr, nous vous accompagnons dans la rédaction de votre testament international, l’obtention du certificat successoral européen et la gestion des successions complexes. Contactez-nous pour un audit personnalisé de votre situation.

Votre litige dépasse les frontières. Le droit international s’applique — maîtrisez-le.

Sources et références

  • Règlement (UE) n°650/2012 du Parlement européen et du Conseil du 4 juillet 2012 relatif aux successions internationales (JOUE L 201, 27.7.2012).
  • CJUE, 25 juin 2025, aff. C-456/24, M. c. A. (résidence habituelle).
  • CJUE, 12 février 2026, aff. C-512/25, Succession Schmidt (force du CSE).
  • CJUE, 18 septembre 2026, aff. C-601/25, Succession Weber (professio juris implicite).
  • Convention franco-allemande du 5 mai 1965 sur les successions et les donations.
  • Code civil français, articles 720 à 724-1 (successions internationales).
  • Site officiel e-justice Europa : e-justice.europa.eu (certificat successoral européen).

Une question sur ce sujet ?

Consulter un avocat international

À lire aussi